Quand les liens ouvrent les chemins

Aller vers l’autre, c’est prendre un risque.

Le risque d’être ignoré, mal compris, rejeté.

Mais aussi, et surtout, le risque d’être accueilli, reconnu, accepté.

 

Pour certaines personnes, un geste qui peut sembler anodin comme dire bonjour à un voisin, se présenter à une collègue, poser une question en classe, ou écrire un courriel à une entreprise devient un véritable défi. Un combat invisible entre le désir d’aller vers l’autre et la peur de déranger ou d’être vulnérable. Et pourtant, tendre la main est essentiel.

 

Dans le contexte actuel, la communication c’est souvent la clé pour avancer lorsqu’on veut décrocher un emploi, trouver une formation ou faire avancer un projet. Les opportunités passent par les gens.

 

C’est un mouvement qui demande du courage. Parce qu’en tendant la main, on renonce à avoir le 100 % du contrôle. On ne sait pas comment l’autre va réagir. Est-ce qu’il va nous écouter? Nous ignorer? On ne sait pas ce qui va se passer. Peut-être que la personne ne sera pas disponible. Peut-être qu’elle va nous poser une question à laquelle on n’a pas de réponse. Cette imprévisibilité peut suffire à nous faire hésiter. En plus, on fait quelque chose de nouveau et même si c’est positif, ça peut être insécurisant. Et puis, on se sent vulnérable. On prend le risque de ne pas être à la hauteur, d’avoir l’air maladroit, d’être perçu comme envahissant ou incompétent.

 

Tout ça génère du stress. Sonia Lupien (2010) appelle ça le modèle CINÉ : Contrôle faible, Imprévisibilité, Nouveauté, Égo menacé. Aller vers l’autre, c’est souvent un combo parfait de ces quatre éléments.

 

C’est comme si notre tête était une baignoire et que tous les robinets du stress s’ouvraient en même temps. L’eau monte et monte dans la baignoire. Et si l’on ne fait rien, ça déborde. Mais il existe des stratégies pour fermer légèrement les robinets ou tirer un peu le bouchon pour vider la baignoire (Veilleux et Lemelin, 2021).

 

Alors, comment apprivoiser cette peur?

Une des clés, c’est d’avoir un repère réconfortant. Une ancre. C’est la corde du bouchon du bain.

Ça peut être un objet comme une roche ou un élastique. Ça peut être une photo, une phrase qu’on se répète. Ça peut même être un geste, comme se masser légèrement les doigts ou se jouer dans les cheveux. Quelque chose qui nous rappelle qu’on n’est pas seul et qu’on est là pour nous-mêmes.

 

Ça peut sembler simple, presque enfantin, mais ça fonctionne.

Ces petits repères nous aident à traverser l’inconfort sans s’y noyer. À vider un peu l’eau de la baignoire et respirer mieux. Ils nous donnent une base solide quand on s’aventure en terrain inconnu.

 

Mon ancre à moi, c’est une phrase tatouée sur ma peau : Fais de ton mieux.

Ça me permet de garder l’eau à un niveau gérable.

Parce que faire de son mieux, ce n’est pas viser la perfection ni se contenter du strict minimum. C’est faire ce qu’on peut, avec ce qu’on a, à ce moment-là.

Il y a des jours où j’ai l’énergie, les idées claires, la répartie facile et d’autres où juste formuler une pensée me demande un effort immense. Peut-être qu’un autre jour, j’aurais pu mieux faire. Mieux répondre. Mieux me présenter. Mais aujourd’hui, j’ai fait de mon mieux et c’est assez.

 

Aller vers l’autre, c’est perdre une part du contrôle.

Mais c’est aussi gagner des possibilités, des sourires inattendus, des réponses bienveillantes… Des liens qu’on n’aurait jamais imaginés.

 

Parce qu’en réalité, si une ancienne connaissance nous écrivait pour poser des questions sur le marché du travail, est-ce que nous trouverions ça déplacé… ou est-ce que nous serions contents de pouvoir aider?

 

Alors, même si ça tremble un peu à l’intérieur, même si les robinets sont ouverts, avançons. Toujours à notre rythme, en gardant un œil sur le niveau d’eau, mais en sachant que chaque tentative, chaque geste, chaque prise de contact, chaque pas hors de notre zone de confort est une étape vers l’autre et vers soi. Et c’est aussi comme ça que l’on construit, tranquillement, une carrière à notre image.

 

Référence :

 

Lupien, S. J. (2010). Par amour du stress. Québec Amérique.

 

Veilleux, C.-A., & Lemelin, L. (2021). La baignoire du stress. SoutienSolutions – Cégep de Sainte-Foy et Cégep Garneau.

 

 

Kim Phaneuf

Conseillère en développement professionnel

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